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Nawel à Pop in Djerba : «La parole artistique renferme presque "de fait" une dimension politique»

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Depuis janvier 2011, une jeune scène musicale tunisienne fait parler d’elle à l’internationale. Non que ces artistes n’existaient pas avant la révolution mais leur musique engagée et l’actualité politique de notre pays les a mis sous le feu des projecteurs. Ainsi des musiciens comme Nawel, Bendir Man, Badiaa, ou encore Armada Bizerte, Si Lemhaf (artistes avec lesquels Nawel partageait le micro dans la chanson « Enti essout ») mais aussi Emel Mathlouthi, Balti, et bien d’autres encore, ont su s’affranchir des clichés de la musique dite « orientale » pour proposer des titres contemporains, aux influences variées (pop, rock, électro, ragga ou reggae).

A l’occasion de la 1ère édition de « Pop in Djerba » qui aura lieu du 27 Août au 2 septembre sur l’île de Djerba, Mille et une Tunisie s’est entretenu avec la chanteuse à la voix de velours, Nawel.

Mille et une Tunisie : Nawel, vous vous produirez le 29 août prochain à  "Pop in Djerba", le 1er Festival tunisien Pop-Electro. En tant que tunisienne et artiste internationale, quel regard portez-vous sur la démultiplication en Tunisie de festivals de qualité avec des artistes assez pointus ? Que pensez-vous cette jeune scène musicale tunisienne qui compte de nombreux talents ?
Nawel : Je trouve très important que la nouvelle scène tunisienne que je trouve très créative et très représentative de la jeunesse tunisienne (au carrefour d’identités multiples) soit portée par de nouveaux festivals. Il est donc primordial que les festivals se multiplient et offrent à un public de plus en plus exigeant des concerts diversifiés, et donnent l’occasion à la nouvelle scène de s’exprimer et donc de murir. Il s’agit de suivre l’émulation dans laquelle se trouve la Tunisie.

Comment définissez-vous votre musique et votre rapport à celle-ci?
Je pense qu’elle me ressemble, elle est métissée, voire hybride! C'’est un espace où s’exprime librement mon imagination avec des thèmes intimes ou sociaux qui me tiennent à cœur portés par des paroles oniriques ou décalées. Je crois que j’alterne entre un certain lyrisme et une dimension plus ludique où je joue avec les sons et les langues. C’est le lieu où peuvent exister mes deux cultures, avec leurs zones incomplètes, et où mes faiblesses deviennent des forces.

Quels sont vos influences musicales? Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire de la musique votre métier?
J’ai grandi en Tunisie avec des parents très politisés et tous deux d’origine rurale.
Enfant, à la maison on écoutait des musiques folkloriques festives (du sud de la France et du sud de la Tunisie!) et des chanteurs engagés (Marcel Khalifa, Joan Baez…). Arrivée en France, j’ai été attirée par des artistes à la démarche plus personnelle (Lhassa, Nosfell, PJ Harvey, Fiona Apple…) et je crois que je suis venue à la scène pour "communier", pour partager des émotions et des énergies fortes avec d'autres, pour" exulter"! La scène a été ma porte d’entrée et c’est en faisant qu’est venue mon ouverture et mon intérêt pour le rock, le hip-hop, l’électro, et le mélange des genres.

Vous êtes femme, tunisienne et artiste dans un contexte socio-politique tunisien assez tendu par rapport aux questions des droits des femmes, de leur liberté mais aussi de la liberté d'expression des artistes. Ressentez-vous des pressions en tant que femme artiste?
Dans ce contexte, la parole artistique renferme presque "de fait" une dimension politique. Je n’ai pour ma part jamais été invitée par un festival "subventionné" depuis la révolution, en revanche, je travaille beaucoup avec les associations tunisiennes qui représentent cette partie de la société civile qui se bat pour les libertés.

J’ai offert des chansons à des associations féministes et ai fait beaucoup de concerts bénévoles. Dans une certaine mesure, je trouve plus politique de chanter bénévolement pour se mettre au service d’associations progressistes ou de festivals pour soutenir la culture que de le verbaliser de manière frontale dans mes chansons. Je préfère que mon art reste plus "insaisissable" et plus libre. Sans être une porte-parole directe, je pense être un des visages de la femme libre tunisienne. A travers mon art, j espère transmettre des émotions de tolérance et de liberté qui participent à maintenir vivant ce visage de la femme tunisienne comme un des visages possibles de la nouvelle tunisie.

Propos recueillis par A.M.


Pour en savoir plus à propos de Pop in Djerba et de Nawel : www.popindjerba.com et www.nawelmusic.com

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